(Répétition avec actualisation d'une dépêche transmise jeudi)
Les marchés financiers restent attentifs à l'Iran à l'approche de la date butoir fixée par le président américain pour que le régime parvienne à un accord et autorise la navigation dans le détroit d'Ormuz, après un week-end de Pâques marqué par de nouvelles menaces, souvent contradictoires, de la part de la Maison blanche.
Outre le risque élevé de nouvelles turbulences, de nombreux autres événements se profilent à l'horizon pour les opérateurs, qui cherchent surtout à évaluer la pression à laquelle sera confrontée l'économie mondiale face à la crise d'approvisionnement en pétrole la plus grave jamais connue.
Les Bourses européennes rouvrent ce mardi après avoir été fermées les 3 et 6 avril. La Bourse de New York, fermée vendredi, a rouvert lundi.
Tour d'horizon des perspectives de marchés dans les jours à venir:
1/ QUI SAIT ?
L'incertitude et la confusion règnent parmi les opérateurs, les stratèges en investissement et les économistes quant à l'évolution de la guerre au Moyen-Orient et à ses conséquences sur l'économie mondiale.
Au cours d'une conférence de presse qui s'est tenue lundi à la Maison blanche, Donald Trump a réitéré sa menace d'anéantir les centrales énergétiques et les ponts en Iran, disant que le pays pourrait être détruit "en une soirée" si aucun accord n'est trouvé et que le détroit d'Ormuz n'est pas rouvert avant mardi 20h00 sur la Côte Est américaine, soit mercredi 00h00 GMT.
L'Iran a pour sa part rejeté lundi une proposition américaine de cessez-le-feu temporaire que le Pakistan a relayée, a rapporté la presse officielle iranienne, ajoutant que Téhéran voulait une fin durable au conflit avec les Etats-Unis et Israël et avait transmis en réponse une proposition à Washington, que Donald Trump a également dit avoir rejetée.
Le marché a toutefois repris un peu de souffle au cours de la semaine dernière dans l'espoir d'une accalmie, mais l'incertitude continue de peser, portée par les déclarations, souvent contradictoires, du président américain.
Même si l'espoir d'un règlement rapide du conflit renaissait, les dégâts causés aux infrastructures énergétiques du Moyen-Orient et les prix élevés de l'énergie continueraient de peser sur les économies.
Sur le marché obligataire, les craintes inflationnistes se transforment peu à peu en inquiétudes sur l'activité économique.
2/ QUE FAIRE ?
L'Opep+ est convenue dimanche d'augmenter sa production de 206.000 barils par jour pour le mois de mai, une hausse toute théorique alors que ses Etats membres réduisent leurs pompages en raison de la guerre au Moyen-Orient.
Le conflit a bloqué de facto le détroit d'Ormuz, par où transite 20% du pétrole mondial, et réduit les exportations de l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et l'Irak, les seuls pays de l'organisation qui étaient en mesure d'augmenter significativement leur production avant même le début du conflit.
L'augmentation représente moins de 2% de l'approvisionnement perturbé par la fermeture du détroit d'Ormuz, mais elle témoigne de la volonté de l'Opep+ d'augmenter la production dès la réouverture de la voie, ont indiqué des sources au sein de l'organisation de producteurs.
L'Arabie saoudite, la Russie, l'Irak, Oman, l'Algérie, le Kazakhstan, le Koweït et les Émirats arabes unis avaient progressivement augmenté leur production de brut avant le début de l'opération israélo-américaine contre l'Iran, il y a déjà plus d'un mois.
L'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime que la guerre a déjà entraîné une perte de production d'environ 12 millions de barils par jour, soit environ 12% de la consommation mondiale.
L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont réacheminé une partie de leurs flux vers des ports situés loin du détroit d'Ormuz, qui reste de facto bloqué, mais l'Irak et le Koweït sont confrontés à des contraintes d'exportation.
3/ LES PRIX AU MENU
Les chiffres de l'inflation américaine, qui seront publiés le 10 avril, constituent le prochain indicateur clé pour les investisseurs, qui tentent d'évaluer dans quelle mesure la guerre en Iran entraîne une hausse des prix et affecte les consommateurs.
Selon un sondage Reuters, les prix à la consommation devraient avoir augmenté de 0,9% sur un mois, ce qui représenterait leur plus forte progression depuis 2022.
L'inflation sous-jacente, une mesure plus restreinte qui exclut les prix des denrées alimentaires et de l'énergie, devrait avancer de manière beaucoup plus modérée, à 0,3%.
La flambée des prix du pétrole cette semaine a déjà fait passer le prix moyen de l'essence aux États-Unis au-dessus de 4 dollars le gallon pour la première fois depuis plus de trois ans.
Cela ne passera certainement pas inaperçu à Washington en cette année cruciale marquée par les élections de mi-mandat en novembre.
La situation est également délicate pour la Réserve fédérale (Fed), qui doit gérer les risques pesant sur le marché du travail, alors que la guerre a anéanti les espoirs des investisseurs de voir les taux baisser cette année.
L'indicateur d'inflation privilégié par la banque centrale américaine, l'indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE), sera également publié la semaine prochaine, bien qu'il porte sur le mois de février et suscitera donc sans doute moins d'intérêt.
4/ L'ASIE, VULNÉRABLE
L'impact de la hausse des prix du pétrole est mondial, mais il est particulièrement redouté en Asie — qui importe 60% de son pétrole brut du Moyen-Orient — et des entreprises de tous horizons en subissent les conséquences.
Les chiffres de l'inflation aux Philippines, en Thaïlande, à Taïwan et en Chine donneront également, dans les prochains jours, une idée de l'ampleur des difficultés auxquelles ces économies sont confrontées en raison du conflit.
Les devises asiatiques ont subi de fortes pressions à la baisse face à un dollar qui s'apprécie – les investisseurs se tournant vers des valeurs refuges –, ce qui renchérit les importations et pèse sur le budget des ménages.
Les investisseurs parient toutefois que l'économie chinoise sera largement protégée de l'impact des prix du pétrole, grâce à ses importantes réserves, à sa position dominante dans le domaine des énergies vertes et à la modération des pressions sur les prix à la consommation.
Au Japon, la banque centrale nippone a déclaré lundi dans un rapport que la flambée des prix du pétrole et les perturbations de l'approvisionnement pourraient nuire à l'économie, ce qui risque par ailleurs de compliquer son projet de hausse des taux d'intérêt.
5/ SUR LA CORDE RAIDE
En Inde, autre grand importateur de pétrole du continent asiatique, la banque centrale devrait maintenir mercredi son principal taux directeur à 5,25%.
La situation reste toutefois délicate car les économistes ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance, tandis que la flambée des prix de l'énergie devrait bientôt commencer à peser sur l'inflation générale, compte tenu des récents plus bas historiques enregistrés par la roupie.
La rapidité avec laquelle la roupie se déprécie inquiète la Banque de réserve de l'Inde (RBI), qui a déjà injecté des milliards de dollars provenant de ses réserves pour tenter de résoudre le problème ces dernières semaines et a pris une série de mesures de moins en moins orthodoxes pour tenter d'enrayer cette chute.
Les responsables de la politique monétaire néo-zélandaise se réuniront également mercredi.
Si les marchés estiment qu'une hausse des taux est peu probable, le gouverneur de la banque centrale a averti qu'une crise énergétique prolongée pourrait justifier un resserrement de la politique monétaire à l'avenir.
(Rae Wee à Singapour, Lewis Krauskopf à New York et Dhara Ranasinghe, Ahmad Ghaddar et Marc Jones à Londres, infographies par Kripa Jayaram, compilé par Yoruk Bahceli ; version française Diana Mandia, édité par Blandine Hénault)

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